La "premiere marrain"

La "premiere marrain"
Tous les hommes étant en prison, c'est Giusy Vitale, une Sicilienne de 33 ans, qui a pris la tête de l'Organisation à Partinico, près de Palerme. Elle a fait le travail, comme un homme

«Lady Mafia», «Madame Cosa Nostra», «la première marraine»: quel qualificatif convient le mieux à Giusy Vitale, Sicilienne de 33 ans et première «femme d'honneur» de l'histoire de la Mafia? Première gestionnaire d'un pouvoir qui se décline, d'ha-bitude, au masculin. Les ma-gistrats de Palerme qui l'interrogent ces jours-ci sans relâche assistent, surpris, à la fin d'un tabou: les femmes peuvent donc maintenant adhérer à l'Organisation? Cosa Nostra serait-elle devenue une «Cosa Nuova» (une «nouvelle chose»)?
Giusy a respiré l'air de la Mafia dès le berceau. Elle naît mafieuse, sans même le savoir. Nous sommes en 1972 à Partinico, un gros bourg rural à 40 kilomètres de Palerme. Son père et ses trois frères sont des membres de l'Organisation. Dans sa famille il règne un tel archaïsme qu'on décide de ne pas envoyer Giusy à l'école pour que la gamine ne soit pas distraite de ses devoirs envers les mâles de la famille. Pour qu'elle se consacre totalement à la casa et à la Cosa. A 6 ans, elle commence à fréquenter les prisons, où ses frères transitent avec une certaine régularité. «Je me doutais bien qu'ils n'étaient pas des enfants de ch½ur, confie Giusy au magistrat Francesco Del Bene, mais je n'ai vraiment compris leur rôle que lorsque mon frère Leonardo m'a dit: "Moi, j'ai le droit de commander."» Giusy se met à son service. Au départ, pour des petits boulots d'estafette, entre les différents membres de la famille mafieuse de Partinico. Toujours ponctuelle. Toujours fiable. Elle porte les messages de Leonardo (lorsqu'il est en taule) à son frère Vito (lorsqu'il est en fuite). Elle vole de cache en cache: «Je portais aussi son linge propre à Vito. Je lui donnais des nouvelles des bêtes, des ouvriers, des avocats.» Elle conduit aussi dans ses différents refuges les petites amies de son frère. Tels sont les débuts de «Lady Mafia» à l'école du crime. L'enfance d'un chef.


Peu à peu, elle commence à rencontrer des boss. Même le chef suprême de Cosa Nostra, Bernardo Provenzano, en fuite depuis... quarante-deux ans. C'était en 1992 – l'année de l'assassinat du juge Giovanni Falcone – à Valguarnera, dans une étable. Arrive une voiture noire avec chauffeur. Un évêque en robe noire, ceinture violette et chapeau assorti, en descend. Giusy, qui avait alors 20 ans, raconte: «Je dis à Leonardo: "Mais il y a des prêtres ici?" Il me répond: "Si tu continues, tu rentres à la maison." Puis il m'explique que Provenzano se déguise en évêque pour passer inaperçu. Qui oserait arrêter la voiture officielle d'une Eminence?»... En 1995 Leonardo est arrêté. Vito le remplace au pied levé. Las, il est incarcéré à son tour en 1998. Et c'est Giusy qui devient patronne du puissant clan mafieux des Vitale qui fait la loi à Partinico et alentour. Tous les mâles valables sont en taule. Les autres sont des incapables. «Ni mon mari ni mon beau-frère n'étaient des gens fiables», confie Giusy, qui entre-temps s'était mariée. «Est-il normal qu'une femme devienne régente dans Cosa Nostra?», interroge Francesco Del Bene. «Absolument pas, répond Giusy. Les femmes sont exclues. Elles ne peuvent en général même pas se permettre de poser une question. Mais moi, je suis devenue régente parce que mes frères ont constaté que j'étais aussi capable qu'eux.»
Giusy, la régente, surveille les travaux publics, les appels d'offres et les sous-traitances, en somme les sources ordinaires de profit de l'Organisation. Elle réglemente aussi le pizzo (le pourcentage) que tous ceux qui commercent ou produisent doivent verser pour éviter les attentats. Son intronisation s'est faite en douceur. Sans cérémonial inutile. Il aura suffi que Giusy annonce, avec l'autorité naturelle qui la caractérise: «C'est Leonardo qui m'envoie. Dorénavant, c'est moi qui le remplace. Vous pouvez parler avec moi comme si j'étais lui.» Il ne vient à l'esprit de personne de mettre en doute ses affirmations. Les hommes d'honneur s'inclinent, offrent leur aide pour contrôler les rentrées d'argent. Gérer les clandestins. Procéder aux intimidations ordinaires de la Mafia: vols de matériel sur les chantiers, incendies, menaces, homicides. Car Giusy commanditera des éliminations physiques. Comme un véritable boss.
Cette jeune femme possède un arsenal dans le garage de son domicile. C'est elle qui arme les picciotti. Un certain Pezzino, par exemple, avec lequel elle discute de façon animée pour savoir si tel homicide nécessite «un P38 ou un calibre 9». Nous sommes en 1998. Le charcutier Salvatore Riina dérange parce qu'il flirte avec la partie non orthodoxe de Cosa Nostra. Met des bâtons dans les roues. Ne partage pas la stratégie «corléonaise» des attentats contre les magistrats, et donc la guerre ouverte de la Mafia contre l'Etat. Il doit être éliminé. Il le sera. A l'initiative de Giusy, qui programme dans le détail l'opération. Et qui fêtera au champagne avec les picciotti sa parfaite réussite. Toujours comme un véritable boss.
Elle a d'ailleurs une vie très libre. Comme les boss de Cosa Nostra, qui se marient bien sûr, font des enfants et vénèrent leur femme comme une sainte, quitte à la cocufier à tout bout de champ, pourvu que «cela ne se sache pas». Giusy a un mari, deux enfants et plusieurs amants en même temps. Mère et boss. Epouse et amante. Une vraie capomafia. «Taille moyenne. Plutôt rondelette. Un genre un peu lascif. Avec un comportement d'une arrogance indicible. Elle me regardait droit dans les yeux pour me faire baisser les paupières. Comme un boss», se rappelle Teresa Principato, magistrate de la Direction nationale anti-Mafia, qui l'a accusée en 1998 du délit d'«association de malfaiteurs de type mafieux». Giusy sera ainsi la première femme condamnée à Palerme au nom du fameux article 416 bis du Code anti-Mafia.
Arrêtons-nous à ce 24 juin 1998. Quelques mois à peine après être devenue régente, Giusy Vitale vient donc de se faire prendre à l'âge de 26 ans. Elle sera condamnée à quatre ans et demi de réclusion. Elle les fera tous et sortira à l'air libre le 25 décembre 2002. Pour reprendre son rôle de «Lady Mafia». Mais on la pince à nouveau le 3 mars 2003, pour homicide cette fois. «Je l'interroge aussitôt, raconte Francesco Del Bene. Elle est rigide. Ne donne aucun signe de coopération. J'en déduis qu'il s'agit d'une irréductible.» Le magistrat se trompait. En juillet 2004, Giusy Vitale lui expédie une lettre où elle manifeste une certaine ouverture. Mais sa collaboration avec l'Etat ne débutera vraiment qu'en février 2005. Depuis elle est intarissable. Une mine d'informations sur les rapports Mafia-politique. Sur les homicides. Sur les millions d'euros que gère sa «famille». Elle fait arrêter huit «soldats» lors de l'opération Araba Fenice, et même sa nièce Maria. C'est la fin de la dynastie mafieuse des Vitale. Giusy est aussi implacable en tant que repentie qu'elle l'avait été en tant que boss. A 33 ans, elle aura brisé toutes les règles et tous les tabous. D'abord en devenant capomafia. Ensuite en choisissant le «repentir». Enfin en annonçant son divorce d'avec son mari et son intention de se remarier avec un homme d'honneur de Catane, qui lui aussi collabore avec la magistrature. Son frère Leonardo la maudira depuis sa geôle: «Nous la renions, qu'elle soit vivante ou qu'elle soit morte. Nous espérons d'ailleurs qu'elle meure au plus vite.» Des phrases de tragédie grecque. Dignes du destin fulgurant de la première boss en jupons de Cosa Nostra.
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# Posté le jeudi 01 septembre 2005 17:27

il totonero

il totonero
A l'ombre du stade San Paolo s'échangent les billets du Totonero organisé par la pègre en gants blancs.

C'est elle qui tire les ficelles de la corruption qui s'étend sur toute la ville



De l'un de nos envoyés spéciaux.

PLACE de la Charité, en haut de la rue de Tolède qui traverse l'ancien quartier espagnol de Naples. A côté du siège des Assurances d'Italie, à deux pas d'une caserne de gendarmerie, la terrasse d'un café ordinaire dont le nom flamboie en lettres d'un jaune racoleur : « Super-Bar ». A l'intérieur, dans un coin, pendant que les garçons en grande tenue préparent l'expresso sans lequel les consommateurs seraient orphelins, des gens affairés échangent billets contre argent : c'est l'antre du Totocalcio, qui est à l'Italie ce que le loto sportif est à la France. Mais au « Super-Bar », le jeu légal n'est que la devanture. Le vrai fond de commerce c'est le Totonero royaume des paris clandestins qui s'effectuent sur la place publique, au vu et au su de tout le monde.

Quelques échanges de phrases, mais une grande discrétion. Des gestes habituels, qui se passent de toute explication et ces petits bouts de carton qui vont d'une main à l'autre. Bien que le championnat ait fermé ses portes, la Camorra napolitaine, la mafia locale, n'est pas partie en vacances. En cet été 90, on joue sur le Mondiale. Aujourd'hui, il s'agit de parier sur l'un des prochains quarts de finale. Le soir même, comme d'habitude, la Camorra paiera rubis sur l'ongle en monnaie sonnante et trébuchante. Mais surtout elle encaissera car elle n'est pas du genre à s'embarquer sans boussole et à jouer sans gagner. Pour gagner parfois beaucoup, en recourant aux trucages, qui ont déjà fait quelque bruit voici quelques années.

Le Totocalcio se prétend « au service du sport », ce qui est déjà lui faire beaucoup d'honneur. Le Totonero, lui, ne se définit pas car il est au service des maffieux qui en sont les arbitres. Le candidat à ce jeu, en-dessous de tout soupçon, peut parier soit sur un résultat précis - et alors il emporte cinq fois la mise, nullement limitée en volume - soit sur trois résultats - et il multiplie par vingt son gain officiel. Chiffre d'affaire estimé pour la région de Naples, capitale de ce sport : 150 millions de francs par semaine, soit l'équivalent du Totocalcio, qui, lui, est d'une complexité à vous dégoûter à jamais du football.

On peut s'y adonner n'importe où, dans les bars, les restaurants, les usines, les bureaux et même à la mairie ou au commissariat de police, des lieux où, pour rentrer, il n'est nul besoin de laisser la casquette de la corruption au vestiaire, bien au contraire. Dans n'importe quel recoin de la ville, la Camorra a ses agents recruteurs, ses démarcheurs, ses trésoriers et ses clients. Voilà comment un Napolitain sur cinq acquiert, le plus tranquillement du monde, ce papier miracle grâce auquel il espère monter au Paradis, même s'il faut pour cela faire un détour par le purgatoire camorriste.

Certes, il en est qui peuvent emporter le gros lot tout comme pour le loto clandestin, organisé selon les mêmes schémas et les mêmes filières. Mais il va de soi que le trucage est la règle d'or de cette sombre machinerie. Pour gérer le tout, les camoristes disposent d'une organisation totalement centralisée sur ordinateur, qui leur permet de dégager les grandes tendances. Ils peuvent donc intervenir en sous main pour donner le petit coup de pouce qui interdit de faire sauter la banque et qui remplit des caisses ne sonnant jamais creux. Dans un passé récent, il y a eu des scandales célèbres, comme celui qui avait mouillé Paolo Rossi et une pléiade de vedettes du Mundial espagnol de 1982, interdites de stade pendant de longs mois pour avoir truqué des matchs.

A l'heure actuelle, une information judiciaire est en cours contre les dirigeants de Gênes et de trois clubs de seconde division, qui, évidemment, protestent de leur bonne foi. Mais dans un pays où la corruption fait partie des beaux arts, le tableau de chasse aux grosses têtes des paris clandestins brille surtout par ses piètres résultats. Pour ne pas se contenter de quelques expéditions spectaculaires mais rares, il faudrait s'attaquer de front à la toute puissante Camorra, véritable institution napolitaine qui tient également le marché de la drogue, des cigarettes de contrebande, et du faux en tout genre qui fleurit sur les trottoirs de la ville. Profitant de ses appuis dans tous les rouages de la société - jusqu'aux plus hauts sommets de l'Etat - la pègre en gants blancs s'est même reconvertie dans la finance, où elle exerce ses talents avec autant d'efficacité que dans l'industrie du crime.

On peut parier sur la finale du Mondiale, mais sur la fin de la Camorra, c'est plus risqué.

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# Posté le jeudi 01 septembre 2005 17:19

Cosa Nostra aujourd'hui

Cosa Nostra aujourd'hui
Ce n'est plus Toto Riina qui dirige la mafia. Le nouveau boss s'appelle Bernardo Provenzano, condamné par contumace depuis 40 ans, un homme qui n'a jamais fait de quartier. Falcone le définissait comme l'un des « êtres les plus sanguinaires » de Cosa Nostra.
Provenzano a démontré qu'il était aussi un fin politique. Le procureur général anti-mafia, Bruno Siclari, a dit : "Il est aggresif, arrogant, vindicatif, brutal, prudent : grâce à lui, la mafia a renoué avec les politiciens."
C'est Provenzano qui a déclenché la première guerre de mafia vers la fin des années 70. Le bilan, deux mille morts entre mafiosi, politiciens, femmes, enfants, magistrats.

Le parrain de Cosa Nostra continue sa cavale

En cavale depuis 1963, Bernardo Provenzano, l'actuel patron présumé de la mafia sicilienne, continue à échapper à la police, grâce notamment à des changements de cachettes incessants et à la complicité d'habitants toujours prêts à lui offrir le gîte et le couvert. Il travaillerait à renforcer l'organisation.
Du côté des forces de l'ordre, personne ne sait à quoi ressemble aujourd'hui cet homme âgé de 68 ans. La chirurgie esthétique, une paire de lunettes ou même une barbe ont pu modifier profondément son apparence. "Si je le rencontrais et qu'il me demandait son chemin, je ne saurais sûrement pas le reconnaître", avoue le procureur de Palerme, Piero Grasso.

Presque tous les chefs de la mafia ont été arrêtés dans les années 90, notamment Salvatore "Toto" Riina, alors considéré comme le "parrain des parrains". Des succès ont notamment été obtenus grâce à un programme de protection des mafieux repentis leur assurant un traitement mensuel, une maison, un emploi et une nouvelle identité pour eux-mêmes et leur famille.
La collaboration des repentis a aidé la police à mettre la main sur des gros poissons. Mais Provenzano est lui passé au travers des mailles du filet. Longtemps considéré comme le No2 de la mafia, il aurait pris les rênes de Cosa Nostra en 1993 après l'arrestation de Riina.

Provenzano travaillerait notamment à rendre "la pieuvre" plus redoutable. Il serait revenu à d'anciennes méthodes destinées à renforcer le secret entourant la célèbre organisation criminelle. "Il y a une nouvelle génération constituée par les fils et les petits-fils, car il est plus difficile d'accuser un membre de sa famille", confie le Procureur Piero Grasso. "Le nombre des repentis s'est ainsi réduit". De nombreux mafieux qui avaient été condamnés à 10 à 15 ans de prison lors du "maxi-procès" de Palerme en 1986-87 sont en outre de retour dans les rangs de Cosa Nostra.
À l'âge du téléphone portable, Provenzano dirige les affaires de la mafia avec des notes écrites à la main. Certains messages sont codés pour le cas où ils n'atteindraient pas leur destinataire. "Ce n'est pas le système le plus rapide, mais c'est le plus sûr", souligne Grasso.

Originaire de la petite ville de Corleone, celui que l'on surnomme "le comptable" a une prédilection pour le détournement de l'argent public. "Provenzano a toujours été celui qui était en charge des marchés de travaux publics, du blanchiment d'argent et de la collusion avec les hommes d'affaires et les hommes politiques", souligne le juge anti-mafia Antonino Di Matteo.

Alors que des millions d'euros provenant de l'Union européenne doivent être affectés au développement de la Sicile au cours des cinq prochaines années, "la mafia a tout intérêt à être aussi invisible que possible", souligne le sénateur Luciano Violante, ancien président de la commission parlementaire anti-mafia.

Condamné par contumace à la prison à vie pour avoir commandité des assassinats, Provenzano doit la longévité de sa cavale en partie au fait qu'il a limité au minimum ses contacts avec les autres membres de la mafia. En outre, la police s'est longtemps peu intéressée à son cas, remarque Di Matteo. "On ne le traque que depuis quelques années", souligne-t-il. Auparavant, "on pensait qu'il était très malade ou mort, ou qu'il avait peu d'influence".
Reste que, selon le Procureur Grasso, la police n'a pas été loin d'arrêter Provenzano à au moins quatre reprises ces dernières années.

# Posté le jeudi 01 septembre 2005 17:15

Hstoire de la Cosa Nostra

Hstoire de la Cosa Nostra
Jusque dans les années 1980, seules six provinces siciliennes sur neuf étaient réputées tenues par Cosa Nostra ("Notre Chose") . Mais compterait aujourd'hui environ 5 000 hommes d'honneur dont plus de la moitié relèvent des 54 familles palermitaines, familles qui se caractérisent par leur extrême homogénéité (mêmes familles biologiques unies à la fois par des mariages croisés entre familles proches et des liens d'interdépendance géographique et économique) . Presque tous les groupes d'hommes d'honneur sont constitués de la famille proche ou lointaine et des amis. Frères , cousins, compères tissent toujours la toile de la cellule de base, la cosca.» .Entrer dans une cosca , c'est être impliqué dans un cercle de compagnonnages, de mariages et de clientélisme de vastes proportions, qui peut inclure plusieurs centaines de personnes. Selon Ilda Boccassini « la famille, les parentés, les liens du sang sont à Cosa Nostra ce que l'idéologie était au terrorisme politique. »


Débuts...


La Cosa Nostra s'est structurée à partir du milieu du XIXe siècle comme force supplétive au service des grands propriétaires terriens soucieux d'assurer la sécurité de leurs domaines en l'absence d'institutions publiques italiennes encore crédibles suite à la déchéance des Bourbons et au processus d'unification de l'Italie de 1860.
A partir du contrôle des vastes propriétés agraires (latifundi), les activités des familles mafieuses vont rapidement s'étendre aux marchés d'agrumes et aux principaux circuits commerciaux de la Sicile (minoteries, marchés de la viande, compagnies de transport, entrepôts portuaires), influence qui contaminer rapidement la vie politique communale puis régionale, le paravent qualifié d'idéologique par Ilda Boccassini , de « siciliannité » facilitant la perméabilité de la vie sociale Sicilienne.
Entre 1924 et 1929, le préfet Cesare Mori obtient de Benito Mussolini les pleins pouvoirs et entreprend d'éradiquer toute activité mafieuse sur l'île. La répression va renforcer la clandestinité de l'organisation mafieuse et favoriser sa dissémination hors des frontières insulaires.
Au cours des années 1920, une famille mafieuse s'installe à Tunis tandis que d'autres mafieux profitent de l'implantation d'une diaspora sicilienne aux Etats-Unis pour s'implanter sur le continent nord-américain, à l'exemple des chefs mafieux italo-américains Joe Masseria, Carlo Gambino, Joseph (Bananas) Bonanno et Salvatore Lucania, alias Francky (Lucky) Luciano.
Avec l'arrivée des troupes américaines en Sicile en 1943 et sous l'impulsion du mafieux italo-américain Francky Lucciano , la vieille mafia sicilienne rurale emprunte aux méthodes rationalisées des familles criminelles italo-américaines et se transforme progressivement en organisation criminelle transnationale.
Installé dès 1947 près de Naples, Lucky Luciano noue des contacts avec les corses Joe Renucci et les frères Francisci pour développer des filières de trafic d'héroïne en Méditerranée. D'autres italo-américains rejoignent alors également l'Italie : Franck Coppola et Serafino Mancuso, condamnés aux Etats-Unis pour trafic en 1935.


Une seconde métamorphose...


Suite à la réforme agraire de 1950, qui démantèle les grands domaines agraires, la Cosa Nostra se métamorphose une nouvelle fois. Les mafieux sont plus exclusivement attachés à l'univers rural. Ils s'impliquent dans les affaires, créent des sociétés, s'imposent comme intermédiaires obligés pour l'effort de reconstruction de l'après-guerre en profitant de la mise en place des nouvelles institutions politiques . Le mafieux n'est plus nécessairement un campiere ou un administrateur appointé par le grand propriétaire. Il se présente plutôt sous les traits d'un propriétaire terrien petit ou moyen, possède, individuellement ou en société, des tracteurs, des moissonneuses-batteuses ou des camions, est propriétaire, en son nom ou en participation collective, de sociétés de constructions plus ou moins importantes pour l'adjudication des travaux publics, est titulaire ou associé d'entreprises commerciales et de magasins. »
Du 10 au 14 octobre 1957, va se tenir, à Palerme le sommet des parrains Siciliens et des USA. Franck Coppola, Lucky Luciano et Michele Sindona, le conseiller financier de Cosa Nostra sont notamment présents.
Les Siciliens alors décideront d'importer la morphine-base depuis le Moyen-Orient (Turquie, Iran, Afghanistan) et de la raffiner depuis la Sicile avec l'aide de chimistes du milieu marseillais avant de l'expédier vers New-York. Les Américains se contenteront de fournir la logistique nécessaire au trafic depuis les Etats-Unis.
Mais des conflits vont se développer entre familles de Palerme. Originaire de Corleone, Luciano Leggio, dit Luciano Liggio s'impose à la tête de sa cosca en faisant assassiner en 1958 le Docteur Michele Navarra, parrain alors tout-puissant de Corleone (qui cumule les fonctions de médecin-chirurgien attitré des chemins de fer italiens, de directeur de l'hôpital Dei Bianchi de Corleone et de président de la coopérative des agriculteurs et des caisses maladie et des mutuelles des villages de Corleone, Misilmeri, Bolognetta et Lercara Friddi.
Dans les années 60, Liggio s'assure le soutien de deux proches de Giulio Andreotti : le député démocrate-chrétien Bernardo Mattarella, qui sera par la suite ministre du commerce extérieur, et Vito Ciancimino, maire de Palerme en 1971, ancien adjoint aux travaux publics de son prédécesseur, Salvo Lima, autre vieux compagnon de route de Cosa Nostra (qui sera assassiné en 1992). En 1971, Liggio assassine lui-même Pietro Scaglione, le procureur de Palerme jugé responsable de l'émission d'un mandat d'arrêt à son encontre. En mars 1974, il sera quand même interpellé et incarcéré. La direction des Corleonesi revient alors à Salvatore Riinà.


1981-1992 : Une stratégie militaro-terroriste


La montée en puissance des Corleonesi au sein de l'organisation mafieuse sicilienne, sur fond de rivalités entre familles pour le contrôle du trafic d'héroïne, déclenche une nouvelle guerre interne, particulièrement meurtière pour les familles palermitaines. Les Corleonesi entreprennent d'éliminer méthodiquement les familles palermitaines concurrentes. Entre 1978 et 1982, les homicides se multiplient : les opposants aux Corleonesi au sein de Cosa Nostra, les représentants des autorités publiques (le colonel Giuseppe Russo en août 1977, l'inspecteur Boris Giuliano en juillet 1979, le magistrat et député Cesare Terranova en septembre 1979, le capitaine des Carabiniers Emanuele Basile en mai 1980, le préfet Dalla Chiesa en septembre 1982) et même certaines personnalités politiques (Michele Reina, secrétaire de la Démocratie Chrétienne de Palerme en mars 1979, le président de la région de Sicile Piersanti Matarella en janvier 1980) seront les premières victimes de la campagne d'assassinats conduite par les Corleonesi en vue de la conquête du pouvoir mafieux. Au cours de cette période, on relève, en moyenne, un meurtre par jour à Palerme.
Suite au retrait de Michele Greco, au début des années 1980, le clan des Corleonesi (Toto Riina, Bernardo Provenzano, Loluca Bagarella) prend complètement le contrôle de l'organisation mafieuse.


Vers une nouvelle "Cosa " ?


Après l'arrestation de Salvatore Riinà, la Cosa Nostra va engager une stratégie dite d'invisibilité, fondée sur l'abandon de l'option terroriste pratiquée au début des années 1990. Selon Eric Jozsef , la Cosa Nostra, affaiblie par la multiplication des interpellations, le recours systématisé aux repentis et les tensions internes provoquées par la brutalité des méthodes de commandement de Salvatore Riinà et des Corleonesi, aurait voulu au cours de l'année 2000 engager une tentative de conciliation avec l'Etat italien par le biais du chef mafieux Salvatore Biondino, désigné comme représentant de Salvatore Riinà, alors incarcéré depuis janvier 1993. Contre la reconnaissance de leur culpabilité et la dissolution de l'organisation mafieuse, la plupart des chefs de Cosa Nostra incarcérés réclament à Pier Luigi Vigna, le procureur national antimafia, le droit d'être libéré dans les 15 ou 20 ans .
Messina Denaro, associé en cette affaire à Filippo et Giuseppe Graviano, deux chefs mafieux de la famille du Brancaccio à Palerme, va alors avoir pour mission (attentats, 10 morts) d'imposer aux pouvoirs publics italiens une négociation autour de l'aménagement des peines infligées aux chefs incarcérés de Cosa Nostra ; il va acquérir de l'importance au sein de Cosa Nostra eu égard à son habilité à gérer les fonds criminels. Il est alors propriétaire de sablières dans la province de Trapani, associé depuis le début des années 1990 avec les familles des Cuntrera et Caruana, originaires de Siculiana et installées en Amérique du Nord, pour le trafic de stupéfiants et le blanchiment, au mieux, aussi, avec une puissante famille de propriétaires terriens à laquelle appartient Antonio D'Ali, (sénateur de Sicile et membre influent de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi), dont le cousin, Giacomo D'Ali est administrateur de la banque d'affaires COMIT. En 1993, la famille D'Ali avait prêté son concours à Salvatore Riinà pour dissimuler une partie de ses avoirs
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# Posté le jeudi 01 septembre 2005 17:11

Breve histoire de la Mafia

Breve histoire de la Mafia
Le phénomène mafieux est connu de longue date. La commission d'enquête Franchetti-Sonnino , des 1875-1876 établit que la mafia n'a pas de statuts, n'organise pas de réunions, n'a pas de chef publiquement reconnu , si ce n'est les plus forts et les plus habiles ; qu'elle n'exerce une grande influence sur toutes les formes de délits, en leur imprimant un caractère particulier qui permet de distinguer la criminalité siciliennes de toutes les autres.

Mais Franchetti et Sonnino, honnetes parlementaires, soulignent que l'interet de L'Etat à combattre la mafia se revele épisodique, variable , incertaine. Leur diagnostic sera de confirmer au film des temps : L'Etat Italien passera d'une tentative de repression serieuse, celle du prefet Mori, aux declarations rassurantes des magistrats qui ouvrent les differentes années judiciaires .

En 1956, le procureur général de Palerme affirme que la délinquance a pratiquement disparu ; en 1957, que les crimes sont la conséquence des conflits entre groupes de délinquants opposés ; en 1967, que la criminalité mafieuse est entrée dans une phase d'élimination lente mais sure ; en 1968, il préconise d'éloigner le mafioso de son milieu naturel, car hors Sicile, il devint inoffensif...

COSA NOSTRA : en français, « notre chose »

Cosa Nostra est née à une époque ou l'aristocratie Sicilienne règnait sur l'ensemble des terre cultivables de l'îlle est sur leur point d'eau. Les premiers mafieux aidaient le peuple à cultiver les terres et à se défendre des homme de main de l'aristocratie.

Aujourd'hui, le seul lien entre Cosa Nostra et le peuple Sicilien ce sont les hommes de main , les dealers, les racketteurs, les proxénètes, etc... La Mafia n'et plus ce mouvement populaire né de la colère du peuple Sicilien, elle ne remplit plus sa fonction premiere, à savoir permettre l'essor économique de l'île ....

Elle est construite sur le schéma des légions romaines qu'on peut résumer à 1 chef pour trois lieutenants, chaque lieutenant ayant environ 10 hommes sous ses ordres, le nombre de chef varie en fonction de la région et des activités déployées par Cosa Nostra.

Ces chefs appartiennent à une famille, chaque famille à son « parrain » et chaque parrain forme avec les autres la « Coupole ».

# Posté le jeudi 01 septembre 2005 17:05