3 siècles de prison cumulés infligés à 57 mafieux italiens

3 siècles de prison cumulés infligés à 57 mafieux italiens
3 siècles de prison cumulés infligés à 57 mafieux italiens

16/11/06


Cinquante-sept mafieux proches du chef suprême de Cosa Nostra, Bernardo Provenzano, ont été condamnés à un total de trois siècles de peines de prison, par une juge des audiences préliminaires de Palerme.

La plupart des condamnés sont accusés d'avoir aidé ces dix dernières années, avant son arrestation en avril, le dernier patron historique de la mafia sicilienne, à vivre dans la clandestinité, tandis que les autres étaient impliqués dans la gestion des fonds mafieux.

Plusieurs "lieutenants" de Bernardo Provenzano sont notamment accusés d'avoir organisé le voyage du parrain dans un hôpital de Marseille où il avait subi une intervention chirurgicale de la prostate.

Nicola Mandala, accusé d'avoir planifié ce déplacement, a été condamné à treize ans et quatre mois de prison. La peine la plus longue (18 ans de réclusion) a été infligée à Benedetto Spera, chef mafieux qui régnait sur la région de Belmonte Mezzagno près de Palerme.

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# Posté le samedi 10 février 2007 17:47

La Mafia s'incruste dans le football

La Mafia s'incruste dans le football
La Mafia s'incruste dans le football


mercredi 27 décembre 2006

Selon un rapport du BND (la CIA allemande), la mafia sicilienne (Cosa Nostra) et la Ndrangheta calabraise détiendraient (via des intermédiaires) plus de 3% des parts de la Gazprom, premier exportateur de gaz au monde. Pour info, la Ndrangheta est un des principaux acteurs du détournement des aides européennes (notamment via la PAC). La BND estime même qu'il s'agit là de l'organisation criminelle la plus dangereuse d'Europe (nov. 2006). Depuis l'an 2000 et l'arrivée au pouvoir de Vladimir POUTINE, Gazprom est une entreprise publique, l'Etat ayant en sa possession la majorité des actions. Cependant, quelques parts sont détenues par de petits actionnaires tels que ceux cités un peu plus haut. Pour le cas de la mafia sicilienne et de la Ndrangheta, ce ne sont que des estimations, il se peut, en effet, que les chiffres sont bien plus élevés dans les faits. Gazprom, et peu doivent en douter, est donc loin d'être transparente. Par exemple, parmi ses hauts dirigeants (responsables, entre autres, de la gestion financière), on peut trouver un ancien membre du Clan Ciancimino (lié à Cosa Nostra). Autrement dit, et pour résumer, Gazprom entretient des liens plus qu'étroits avec la mafia, qu'elle soit russe ou italienne.


Le cas des hauts dirigeants est plutôt voyant et, par conséquent, plutôt rare. Ainsi, la plupart du temps, on rencontre les mafieux ailleurs, au sein des filiales de Gazprom par exemple. C'est le cas d'Alicher OUSMANOV qui est davantage connu pour ses activités de blanchiment d'argent dans les années 90 que pour le prix Nobel d'économie qu'il n'a pas encore eu... Autre exemple, et nous allons enfin faire le lien avec ce fabuleux sport qu'est le football, celui de Rinat AKHMETOV, actuel gérant de la fourniture de gaz à l'Ukraine (très lucrative en ce moment) et, accessoirement, président du Shaktar Donetsk, le plus célèbre club ukrainien (grâce à Aghahowa ?). Il se trouve que, et ça devient de moins en moins surprenant, ce cher Rinat n'est autre que l'une des grandes figures avérées de la criminalité des années 95. Aujourd'hui, depuis que IANOUKOVITCH est revenu au gouvernement, AKHMETOV siège également au Parlement et s'est vu confier la charge de la lutte contre la criminalité organisée : un comble, non ?
Apparemment, en Russie, être un bandit reconnu n'est pas incompatible avec de hautes responsabilités (dans Gazprom). A première vue, il peut tout simplement s'agir du plus génial modèle de réinsertion des anciens criminels. Mais, il suffit de gratter un tout petit peu plus pour apprendre qu'AKHMETOV n'est pas du tout un cas isolé, exceptionnel. Non, et comme je vais vous l'expliquer, ce genre de pratiques est de plus en plus répandu et pas seulement dans le secteur de l'énergie. Pour en revenir avec le président du Shaktar, d'après la rumeur, il serait l'auteur de l'attentat meurtrier dont fut victime son prédécesseur à ce poste, Achat BRAGUINE. Mais bon, pour le coup, ce ne sont que des soupçons... Mais, en plus de clubs ukrainiens (ex. Shaktar) ou russes (ex. Zenit Saint-Pétersbourg, très connu à Marseille), la tendance est telle qu'on ne peut s'empêcher d'imaginer que ce genre de pratique se répande au sein de l'Europe des 27. En effet, on croyait en avoir bavé avec le Milan AC de BERLUSCONI, la Juventus d'AGNELLI ou l'OM de TAPIE, mais on avait tort. Tout porte à croire que le pire est à venir et que, dans ce contexte, la mafia russo-italienne saura nous surprendre davantage qu'un film de M.N. SHYAMALAN.


Premier indice : le contrat signé entre Gazprom et le club allemand de Schalke 04. En gros, le géant du gaz mondial aurait offert au club la modique somme de 125 millions d'euros sur 6 ans, juste pour redorer son blason à l'ouest. A partir du 1er janvier 2007, Gazprom sera le sponsor principal de Schalke 04. En pleine crise financière, le club de Gerd REHBERG (président) ne pouvait rêver mieux et ne compte pas s'arrêter sur le genre de détails cités auparavant dans cet article. Peu importe que cette entreprise soit gérée par des mafieux reconnus. Au fond, peu importe d'où vient l'argent tant qu'il arrive. C'est un peu comme à Chelsea il y a quelques années où ça n'avait pas l'air d'inquiéter beaucoup de supporters (et même les autorités) qu'un truand comme ABRAMOVITCH qui s'est enrichi grâce au chantage et à la corruption devienne actionnaire principal du club. Pareil pour Schalke où rien ne semble inquiéter les gens, pas même le rapport de la BND ni les déclarations plus que douteuses du président de la fédération allemande de football, Theo ZWANZIGER, qui disait à ce propos : « nous avons besoin de sponsors dans le football, je ne veux pas entrer dans le détail des accords existants ». Ce qui est le plus bizarre dans tout ça, c'est que ce gars, censé être le garant de la bonne image du football allemand, n'a toujours pas été enfermé (asile ou prison, peu importe).
Le pire, c'est qu'à Schalke 04, on prend ça comme un on du ciel totalement désintéressé. On reste persuadé que Gazprom ne fera pas d'ingérence, n'essaiera en aucun cas d'influencer les choix des dirigenats du club,... Ils doivent avoir raison, ce n'est pas vraiment le genre des mafieux que de vouloir tout contrôler et prendre l'argent là où il y en a.
La Russie est touchée, l'Ukraine aussi, d'autres pays de la CEI également. Maintenant, via Schalke 04 et Chelsea, l'Europe commence à participer. D'ailleurs, et ça confirme la tendance, un autre club anglais (Tottenham, Fulham) serait devenu la cible d'un milliardaire russe : Michael CHERNEY. Pas très russophone ce nom, pas vrai? Bien vu, en réalité, cette haute personnalité de l'aluminium se nomme Mikhaïl TCHERNOI. Oui, celui là même qui fait l'objet d'enquêtes du FBI, de Scotland Yard et de la police dans plusieurs autres pays européens. Son atout, comme les autres d'ailleurs, c'est qu'il ne risque rien. En effet, pour pouvoir inculper tous ces gens, pour que les enquêteurs aient des preuves tangibles, il faut qu'ils aient accès à des éléments exploitables. Or, c'est très difficile (impossible, en fait) dans les pays de l'Est. Dans beaucoup de ces pays, les politiques sont largement soutenus par les réseaux mafieux. Par exemple, en Ukraine, AKHMETOV (président de Shaktar) a toujours soutenu IANOUKOVITCH.
Dans le cadre de cet article, comment ne pas évoquer le cas de Boris BEREZOVSKI, actuel propriétaire caché du club brésilien des Corinthians. En gros, il y a quelques temps, le club a été racheté par un groupe d'Investissement appelé MSI. Jusque là, tout va bien. Seulement, en avril 2005, un groupe chargé de la lutte contre le crime organisé a découvert que Berezovski, accusé d'assassinats et de blanchiment (entre autres), était aux commandes de MSI, qu'il ne s'agissait là que d'un intermédiaire pour passer incognito. Depuis cet été, les investigations se sont renforcées, la justice brésilienne s'en est mêlée. Bien que le MSI nie tout lien avec cet homme d'affaire russe douteux, il n'empêche qu'il n'a pu empêcher la boulette du président du club, Alberto DUALIB qui a laissé entendre qu'il devait rencontrer l'homme en question pour « affaires ». Quelles affaires ? D'ailleurs, la justice brésilienne l'a dit haut et fort : « cette bande (référence à Berezovski) a choisi le Brésil pour s'implanter en croyant qu'il s'agissait d'une république bananière, et que nos institutions fermeraient les yeux ». En effet, on dit même que BEREZOVSKI fut très étonné de la quantité d'informations sur lui dont disposait la justice. A croire qu'il avait oublié qu'il n'était plus en Russie...


Pour en finir, il paraît inquiétant que de telles pratiques soient de plus en plus associées au monde du football. Aujourd'hui les Corinthians, Chelsea, Schalke 04, demain peut-être d'autres clubs anglais,... Qui sait où cette avalanche d'illégalité s'arrêtera. Quel visage aura le football de demain. Les autorités (politiques et footballistiques) peuvent-elles risquer de fermer les yeux sur ces pratiques sous prétexte qu'il s'agit de beaucoup d'argent? Schalke a-t-il bien fait de s'associer avec Gazprom dont on dit qu'elle fut l'une des actrices principales de la restriction de la presse en Russie? J'espérais ne pas devoir vous le rappeler mais il ne fait pas bon du tout d'être journaliste (critique) en Russie. Schalke 04 est-il aussi naïf que ça, croit-il vraiment que Gazprom va se contenter de regarder faire les gestionnaires du club ?
Beaucoup de questions, peu de réponses. Quand même une dernière question pour finir : voulons-nous vraiment que, demain, Londres ressemble à Saint-Pétersbourg ? Autrement dit, voulons nous que la mafia (via ses trafics habituels mais aussi le football) contrôle les ¾ de l'économie de nos villes ?

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# Posté le samedi 10 février 2007 17:41

"Batman" contre "Diabolik", en Sicile

"Batman" contre "Diabolik", en Sicile
"Batman" contre "Diabolik", en Sicile

Rien ne transparaît. Et pourtant, à Trapani, derrière l'apparente douceur du paysage de la côte occidentale sicilienne, entre églises baroques, moulins à vent, salines et vignes dorées par un soleil généreux, se déroule depuis des années un féroce combat singulier. Celui qui oppose "Batman" à "Diabolik".

Rien à voir avec un dessin animé. "Batman", c'est le surnom que les habitants de Trapani ont donné au chef de la brigade mobile, Giuseppe Linarès, qui patrouille avec crainte, de nuit, dans sa voiture blindée, entouré de ses hommes.

Jeune, beau, déterminé, à 37 ans ce policier d'élite atypique qui cite Platon et Socrate dans le texte et manie micros et caméras-espions comme personne (il a réussi à en placer dans la voiture de plusieurs boss mafieux) a déjà un palmarès impressionnant : une centaine d'"hommes d'honneur" de Cosa Nostra arrêtés et plusieurs "parrains", dont celui qui fut le chef de la province, Vincenzo Virga, considéré en son temps comme le "génie de la finance".

En 1983, l'assassinat du procureur de Trapani, Gian Giacomi Ciaccio Montalto, sera un choc pour ce lycéen épris de droit et de littérature, déterminant sa vocation. Elle ne s'est jamais démentie : ses amis racontent que même la famille de Giuseppe Linarès a pris ombrage de son zèle, qui lui fit arrêter, à l'occasion, un édile, ami de la famille, le père de l'une de ses camarades de classe, voire des partenaires au club de bridge.

En face, il y a "Diabolik", un fou de bandes dessinées qui fit même adapter des mitraillettes à l'avant de sa voiture comme dans la BD, de son vrai nom Matteo Messina Denaro : jeune, beau, déterminé lui aussi, il se cache depuis juin 1993.

A 44 ans, ce "petit prince" de la Mafia, fils de "don Ciccio", parrain historique de Castelvetrano, dans les collines voisines, a non seulement remplacé le vieux boss de Trapani, "pacifiant" la province, mais il figure, depuis la capture du "parrain des parrains", Bernardo Provenzano, en avril, dans la liste des prétendants à la succession.

Eduqué (il a un diplôme d'études techniques), rompu à son tour aux subtilités de l'électronique, il a fait prospérer son empire fondé sur le trafic de la drogue (il a des liens spéciaux avec des clans au Venezuela et en Amérique latine) et des armes.

Sa réussite, c'est d'avoir su réinterpréter les vieux accords entre mafieux, entrepreneurs et hommes politiques pour mettre la main sur les appels d'offres des grands chantiers.

Comme le constate avec une ironie désabusée Andrea Tarondo, substitut du procureur à Trapani : "Ici, la Mafia a infiltré certaines administration et contrôle les dépenses publiques, à tous les échelons !" Et un ancien juge lui fait écho : "A Trapani, c'est simple : la Mafia t'achète, te discrédite ou te fait transférer..."

Dans ce duel sans merci, "Diabolik" dit aussi "u Siccu" (le Maigre) a remporté la première manche. Il a su valoriser son territoire : la province est devenue une sorte de sanctuaire.

C'est ici, disent les enquêtes de police, qu'il y a le plus d'actes d'intimidation (un par jour) ; ici que la "bourgeoisie mafieuse" qui sert de membrane de perméabilité avec la société s'est le mieux développée.

Des filles de médecin ont épousé des boss, la famille Denaro a elle-même été employée sur les terres des grands latifundistes d'Agli, aristocrates, dont un membre est sénateur de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi.

Cette "pax mafieuse" sied aux boss en cavale qui viennent ici en villégiature, dont Toto Riina, qui lança Cosa Nostra dans sa stratégie d'attentats (notamment contre les juges anti-Mafia Falcone et Borselino tués en 1992) avant d'être arrêté en 1993.

Son successeur, Bernardo Provenzano, qui convertit la Mafia en multinationale affairiste et discrète, entretenait les meilleurs rapports avec "Diabolik".

Dans une lettre, ce dernier lui dit, s'exprimant avec un respect filial : "Je ne suis pas meilleur que vous. Avec le bon vouloir de Dieu je suis à votre complète disposition."

Cruel, "Diabolik", qui a tué sa première victime à 18 ans, s'est vanté auprès d'un "repenti" d'"avoir tué de quoi remplir tout un cimetière !".

On lui attribue une bonne centaine de victimes. En 1993, c'est lui qui avait été chargé des attentats de Florence qui firent cinq morts. Promu gardien du petit Giuseppe di Matteo, un gamin enlevé en 1993 pour faire pression sur son père, mafieux repenti, il le fera garder dans des conditions atroces : lié, bâillonné et suspendu à un crochet de boucherie des journées entières. Plus tard, le corps de l'enfant sera dissous dans l'acide.

"C'est cela, résume le procureur anti-Mafia, Massimo Russo, la grande force de Messina Denaro, il a été un tueur féroce sous Riina, un homme d'affaires avisé sous Provenzano, il est à lui seul la parfaite synthèse de Cosa Nostra : il allie la brutalité et la sagesse de la vieille Mafia avec le dynamisme d'une organisation moderne."

A cela s'ajoute une intelligence stratégique qui lui a fait se lier avec les puissants clans palermitains et les "familles" émergentes d'Agrigente.

Son charisme a fait le reste. "Pour certains "hommes d'honneur", raconte, retranché dans son petit bureau-bunker, Rino Giacalone, journaliste à La Sicile, qui se bat chaque jour dans un silence hostile pour donner quelques nouvelles, "Diabolik" est une légende. Ils se racontent comment il s'est échappé caché dans une ambulance, comment il boit une coupe de champagne à chaque exécution. Sur un mafieux arrêté, on a même trouvé sa photo, sertie comme une relique. "Notre devoir c'est de l'adorer, celui là !", a juste commenté le mafieux."

"Diabolik" a beau utiliser un langage classique (ses billets s'achèvent sur un : "La madone de Lourdes te protège" ou "Padre Pio te bénisse"), il est à cent lieues d'un Provenzano, arrêté au milieu des chèvres et des mouches. C'est un viveur qui aime le luxe, les voitures et les femmes. Passant outre la fidélité prônée par les parrains, il multiplie les aventures et a une fille naturelle, Lorenza.

Dans une lettre d'amour que Maria Mesi, une de ses amantes, lui adresse, on peut lire : "Je t'en prie ne dis pas non. Je désire tant te faire un cadeau. J'ai lu sur un magazine de jeux vidéo qu'est sortie la cassette de Donkey Kong 3, il me tarde qu'elle soit dans le commerce pour te l'offrir..."

L'insaisissable "Diabolik" et "Batman" le justicier se sont croisés très jeunes à Trapani, aux mêmes terrasses de café. Le policier se souvient, a-t-il confié, "avoir remarqué ce jeune homme sûr de lui avec sa Rolex au poignet". Qui l'emportera ?

La chance semble tourner en faveur de l'idéaliste Giuseppe Linarès, que les enfants de Trapani comparent déjà au juge Falcone, enfermé dans une "vie blindée" sans liberté, sous escorte permanente. Lui qui tel un chien de chasse traque le jeune parrain à la trace, convaincu que "pour arrêter un mafieux en cavale il faut étudier jusqu'à l'humus qu'il a foulé".

Après tout n'a-t-il pas déjà découvert comment il s'est fait soigner pour un strabisme à la barbe de la police, à Barcelone (Espagne), ou encore comment, s'étant vu confier le trésor de Riina, il a fait fabriquer un coffre-fort qui en s'ouvrant dévoilait un escalier dérobé menant au butin ? Et puis la Mafia, plusieurs fois décapitée, n'est-elle pas un peu déboussolée ?

Dans un autre billet adressé à Bernardo Provenzano avant sa capture, "Diabolik" se plaint des arrestations opérées par la police et ajoute que même ces hommes politiques qu'il se vante d'avoir "domestiqués" ne sont plus fiables : "On sait comment sont les politiciens (...), il n'y en a pas un qui se salira la bouche pour nous, nous n'avons plus le pouvoir contractuel d'avant..." Et il ajoutait, pressant : "Dites-moi un nom et j'irai le contacter..."


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# Posté le samedi 10 février 2007 17:39

Modifié le mercredi 06 juin 2007 23:35

La Camorra Naples sous l'empire du crime

La Camorra Naples sous l'empire du crime
La Camorra : Naples sous l'empire du crime

10.11.06

Quelques jours après l'annonce, par le gouvernement italien, d'un "plan de sécurité" pour Naples, le quotidien de la grande cité parthénopéenne est rythmé par les descentes de police. Mercredi 8 novembre, une trentaine de personnes ont été arrêtées dans le quartier Fuorigrotta, au sud-ouest de la ville, tandis que des dizaines de perquisitions étaient effectuées à Sanita, le quartier du centre historique.

Le même jour, 400 hommes accompagnés de maîtres-chiens et d'hélicoptères investissaient Melito, une banlieue nord. Comme la veille, dans les quartiers Scampia et Secondigliano, les policiers visaient le trafic de stupéfiants. Nulle improvisation dans ces opérations, comme si l'on avait attendu l'ordre donné, le 3 novembre, par le ministre de l'intérieur, Giuliano Amato, de "frapper les sanctuaires de la Camorra" - nom historique de la pègre napolitaine.

La mobilisation se veut à la hauteur de l'émoi provoqué en Italie par la vague de crimes qui a fait dix-huit morts depuis la fin octobre. Sera-t-elle suffisante pour éradiquer un phénomène vieux de plusieurs siècles, présent dans toutes les activités - illégales et légales - de Naples, de sa province et de la région Campanie ?

La Camorra, seul exemple d'une mafia née en milieu urbain, serait apparue au XVIe siècle. Dès 1863, l'historien Marco Monnier la définissait comme "l'extorsion organisée, une société secrète populaire dont la finalité est le mal". Contrairement à d'autres organisations répondant aux mêmes critères - Cosa Nostra en Sicile ou la N'Drangheta en Calabre -, la Camorra n'a pas de structure verticale. Aucun chef suprême ne contrôle le système, ne définit la stratégie ou ne fait respecter une discipline générale. Chaque quartier a son clan, qui gère son territoire en toute autonomie. C'est ce qui rend la lutte contre elle si difficile à organiser.

Ce qui explique, aussi, les périodiques flambées de violence entre clans ou parfois en leur sein. En deux occasions, la Camorra a tenté de se structurer autour d'une hiérarchie unique. Dans les années 1970, le boss Raffaele Cutolo a fondé la Nuova Camorra Organizzata (NCO). L'essai s'est achevé dans un bain de sang lorsque ses opposants ont fondé la Nuova Famiglia : 264 morts pour la seule année 1982.

Dix ans après, Carmine Alfieri tenta d'organiser la Camorra au niveau de la Campanie. Il alluma une nouvelle guerre totale (708 morts de 1989 à 1991, plus de 500 à Naples même).

Car les raisons de s'entre-tuer ne manquent pas. Fin 2004 et début 2005, une tentative de sécession à l'intérieur du clan de Paolo Di Lauro a déclenché, dans les quartiers Scampia et Secondigliano, une escalade meurtrière (134 morts).

Les crimes des derniers jours, eux, résulteraient d'une modification des équilibres dans l'aire napolitaine, avec la constitution de deux cartels : les clans Misso-Mazzarella-Sarno contre "l'alliance de Secondigliano" (Di Lauro, Licciardi). L'instabilité serait accrue, selon la direction régionale antimafia, par l'émergence d'une génération de boss plus violents que leurs pères ou leurs oncles. Le problème ne se résume cependant pas à un jeu de gendarmes et de voleurs. L'organisation est si bien enracinée à Naples qu'on ne l'appelle plus Camorra, mais "O'Sistema" (le Système). Auteur d'un livre très pessimiste sur l'avenir de sa ville, l'écrivain-journaliste Giorgio Bocca dénonce l'ampleur des complicités : "Les personnes non affiliées, non compromises, non directement complices, non économiquement dépendantes, non sympathisantes et non culturellement contaminées se comptent désormais à quelques dizaines de milliers" seulement, a-t-il écrit dans L'Espresso. Une récente couverture de cet hebdomadaire de centre gauche s'intitulait : "La Camorra a gagné".

L'émotion soulevée par l'actuelle série de meurtres a deux raisons. D'abord le succès considérable de Gomorra, un livre de Roberto Saviano. Ce jeune écrivain est aujourd'hui menacé de mort pour avoir raconté son "voyage dans l'empire économique et le rêve de domination de la Camorra". Ensuite, le cri d'alarme du président de la République, Giorgio Napolitano : "Je vis avec angoisse ces jours qui sont pour Naples parmi les pires depuis longtemps." En pressant le gouvernement d'agir, le chef de l'Etat a évoqué "une urgence non seulement criminelle, mais environnementale, sociale et culturelle".

Etant très décentralisée, la Camorra ne gère pas de grands marchés internationaux. Mais elle est présente dans tous les secteurs de l'économie régionale. Ses clans ne gèrent pas seulement les trafics divers, la prostitution et les extorsions de fonds. Ils sont présents dans les offres publiques de chantiers, les adjudications et mille activités liées à la dépense publique. Le chef de la protection civile, envoyé pour résoudre la question des tonnes d'ordures qui polluent la région depuis des années, a reconnu qu'"en matière de gestion des déchets, la seule réalité gagnante est celle de la Camorra".

Fondateur de l'Observatoire sur la Camorra et la légalité, l'universitaire Amato Lambertia a découvert son vrai pouvoir lorsqu'il a été élu président de la province, en 1993. Il a alors voulu réformer certaines pratiques de l'administration. "La corruption concerne les politiques plus que les camorristes,a-t-il ensuite confié à La Repubblica. Moi, je pensais au fonctionnement des bureaux ; eux, à leur clientèle électorale."
L'espoir d'un changement était né de l'arrivée aux commandes de la gauche dans les années 1990, sur un programme de "Rinascimento" (renaissance) de Naples. Les critiques de la presse et du gouvernement sont donc apparues comme un désaveu pour Antonio Bassolino, président de la région et ex-maire de Naples, et pour son maire actuel, Rosa Russo Iervolino. Les élus locaux, eux, se plaignent d'avoir été abandonnés à eux-mêmes.
Car, précise Marco Demarco, directeur du Corriere del Mezzogiorno, quotidien qui publie chaque mois un supplément sur l'activité de la Camorra : "En cinq ans, la région a reçu 7,7 milliards d'euros de fonds européens. Or le chômage n'a pas diminué, l'indice de pauvreté a augmenté, le revenu par habitant est le plus bas des pays européens bénéficiant de ces fonds." Un sentiment d'impuissance a envahi la classe politique locale : le 6 novembre, au conseil municipal, seuls 22 membres étaient présents sur 61 pour débattre de la criminalité organisée. Les 39 autres avaient quitté prématurément la séance pour assister à la rencontre Naples-Juventus. Commentaire d'un élu : "Pas de blâme pour qui a préféré le match aux inutiles parlottes auxquelles nous sommes condamnés."


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# Posté le samedi 10 février 2007 17:22

La Camorra fait la loi à Naples

La Camorra fait la loi à Naples
La Camorra fait la loi à Naples

le 14 décembre 2006


UN BOUQUET de roses rouges est accroché à la porte qui barre l'entrée du Club Napoli. Sur les montants en aluminium, la police a apposé des scellés judiciaires. Un faire-part de deuil, placardé à côté, en fournit l'explication. Il annonce la disparition, de manière « inopinée », de Giovanni Giuliano, un jeune homme de 31 ans.

Un mort « inopinée » : l'euphémisme désigne l'énième règlement de comptes au sein de la Camorra, une exécution dans les règles de l'art. Pendant deux décennies, les Giuliano ont régné en maîtres sur ce quartier interlope qui s'étire entre cathédrale et gare centrale, où se déroulent mille trafics, de la drogue au racket et à la contrebande.


La Forcella, le nom du quartier, est synonyme de violence et de terreur : l'agression guette au coin de la rue. Les murs lépreux portent les stigmates de cet abandon. Dès que la nuit tombe, plus aucune patrouille de police ne s'y risque.


Le 7 décembre au soir, deux tueurs casqués font irruption dans le local où Giovanni Giuliano joue au billard. Ils déchargent leur arme sur lui et s'en vont avec calme. À l'arrivée de la police, la quarantaine de témoins a décampé. Pour les enquêteurs, il s'agit d'une « vendetta transversale ». Giovanni est le fils de Luigi, « l'ex-roi de la Forcella » devenu la brebis noire de la Camorra depuis qu'il collabore avec la justice. Il doit comparaître ces jours-ci en justice comme témoin à charge. Le clan rival de Vincenzo Mazzarella, dit « O'pazzo » (le fou), a cherché à le faire taire. Un oncle de Giovanni a déjà été assassiné. Luigi, le frère jumeau de Giovanni, qui a échappé de justesse à l'attentat, est devenu lui aussi un « repenti ». Dans le plus pur style mafieux, les Giuliano voulaient célébrer des obsèques grandioses en plein coeur de la Forcella. Un magistrat l'a interdit tandis que l'ensemble de la famille a été transféré par la police en un lieu secret.


Pour le père Don Luigi Merola, l'assassinat de Giovanni est un meurtre de trop : « Une fois de plus, la Camorra hausse la mire. Les gens ont peur d'une nouvelle guerre de la mafia », dit-il. À la Forcella, Don Luigi est un prêtre de combat. Cet ecclésiastique courageux de 31 ans dirige l'église de Saint-Georges, sur la via del Duomo. Les guerres de la mafia, il connaît. En mars 2004, une fille de 14 ans, Annalisa Durante, a été tuée devant son église. Sous le feu de ses ennemis, Salvatore, l'un des Giuliano, s'était servi d'elle comme d'un bouclier. À l'époque, Don Luigi avait organisé des veillées de prières, une retraite aux flambeaux, un comité de soutien à la famille. Du jamais vu. Depuis, le prêtre vit sous protection policière.


Laxisme


Sur le parvis, les paroissiens sont en effervescence. Don Luigi vient d'annoncer qu'il renonce à son mandat. Il dénonce « l'absence de l'État » et « les promesses non tenues » par le gouvernement, qui avait annoncé l'envoi de renforts de police. « Don Luigi, ne pars pas », scandent les paroissiens. « Il est notre unique espoir de faire prévaloir la légalité », dit l'un. « Les politiciens promettent, lui agit », ajoute un autre.


Mgr Crescenzo Sepe a trouvé les mots justes pour faire revenir le prêtre sur sa décision. Le nouveau cardinal de Naples dit en termes prudents que le malaise de la ville a été « sous-estimé », que l'État pourrait faire davantage, qu'il est urgent d'instaurer sécurité et légalité.


Les autorités se défendent de tout laxisme. La préfecture annonce 1 260 arrestations en un mois. « Un record mondial », ironise la presse locale. Le ministre de l'Intérieur, Giuliano Amato, est attendu aujourd'hui à Naples. Il est accompagné du nouveau préfet, Alessandro Pansa, policier expérimenté, napolitain de surcroît, chargé de restaurer l'ordre et la sécurité. Une lourde tâche.
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# Posté le samedi 10 février 2007 17:15