Italie : Giulio Andreotti, premier mafioso de la Péninsule ?
Pilier du système politique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Giulio Andreotti n'aurait été ni plus ni moins que le relais de la Mafia au sein du gouvernement.
GIULIO ANDREOTTI, l'homme le plus influent du demi-siècle écoulé, a été jugé le 26 septembre 1995 pour « association avec la Mafia ». Considéré comme « le garant de l'honorable société », « le bossu », comme on l'appelle dans la Péninsule, aurait été le trait d'union entre l'un des courants politiques les plus puissants de la Démocratie chrétienne et Cosa Nostra. Après de nombreuses audiences préliminaires, les magistrats siciliens ont opté pour un procès pénal à Palerme.
Sénateur à vie, quatre fois président du Conseil, plusieurs fois ministre, ami de De Gasperi - le premier président du Conseil en 1945 -, il commence sa carrière dans les rangs de la Démocratie chrétienne. Un homme sans scrupules qui a, probablement, trempé dans l'assassinat du général Carlo Della Chiesa, abattu froidement le 3 septembre 1982 à Palerme, du journaliste Mino Pecorelli, assassiné en 1983, du banquier Michele Sindona, qui s'est « suicidé » le 22 mars 1986, d'Aldo Moro, assassiné en 1979 par les Brigades rouges et de bien d'autres encore, comme le soutiennent quelques repentis.
Avec le procès de Giulio Andreotti, les magistrats italiens devront également juger l'ex-parti le plus puissant, qui s'est identifié avec l'Etat pendant près de cinquante années. Mafia et Etat, thème éternel de la politique italienne.
Le sénateur a bien tenté d'empêcher, par tous les moyens, sa mise en jugement, en accordant des interviews, en menaçant des hommes bien placés, sa bibliothèque personnelle regorgeant de fascicules qui risqueraient d'impliquer nombre de personnalités encore au pouvoir. Et puis il faudra encore jeter la lumière sur ses rapports personnels avec Lucio Gelli, le vénérable de la loge P2, considéré comme le factotum de M. Andreotti qui tirait les ficelles de la maçonnerie dans les coulisses.
Sicile et Démocratie chrétienne : l'île, fief originel de ce parti, mais aussi de l'organisation, qui a su s'adapter aux mutations sociales et économiques des dernières années. On imagine souvent le mafioso, style le parrain, vieil homme d'honneur, esclave d'un code, qui régit toute l'organisation. On ne tue pas les femmes, on refuse d'entrer sur le marché de la poudre d'ange, et surtout pas de trafic d'armes. Les temps changent, les jeunes qui prennent la relève n'ont plus le « sens de l'honneur » et surtout il faut des accointances avec le pouvoir officiel.
Cosa Nostra procède par étapes et s'adapte aux conditions et aux exigences du milieu dans lequel elle évolue. Au tout début, la mafia contrôlait le tertiaire. C'était l'époque du fameux bandit Guliano. Trois phases ont caractérisé l'ascension et la transformation de la « pieuvre ». L'organisation a d'abord réussi à réunir les fonds nécessaires pour prendre le pouvoir. Ensuite, elle s'est implantée dans le monde de la haute finance et a étendu ses ramifications dans le secteur de l'administration publique. Mais pour réussir à établir des contacts avec l'administration, il fallait faire passer de l'argent en participant aux appels d'offres. Cette deuxième phase a été interrompue par les enquêtes des magistrats et la sensibilisation de la population sicilienne.
La troisième phase de l'opération consiste à faire fructifier l'argent mis en circulation pour devenir une puissance économique en mesure de s'infiltrer systématiquement au sein des entreprises « saines ». C'est là qu'intervient le rôle fondamental joué par les politiciens impliqués avec Cosa Nostra. Giulio Andreotti, garant officiel de la Mafia en Sicile, aurait permis ainsi à son parti d'obtenir des voix électorales en promettant son appui et en approuvant officieusement l'élimination de certains personnages encombrants.
Pilier du système politique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Giulio Andreotti n'aurait été ni plus ni moins que le relais de la Mafia au sein du gouvernement.
GIULIO ANDREOTTI, l'homme le plus influent du demi-siècle écoulé, a été jugé le 26 septembre 1995 pour « association avec la Mafia ». Considéré comme « le garant de l'honorable société », « le bossu », comme on l'appelle dans la Péninsule, aurait été le trait d'union entre l'un des courants politiques les plus puissants de la Démocratie chrétienne et Cosa Nostra. Après de nombreuses audiences préliminaires, les magistrats siciliens ont opté pour un procès pénal à Palerme.
Sénateur à vie, quatre fois président du Conseil, plusieurs fois ministre, ami de De Gasperi - le premier président du Conseil en 1945 -, il commence sa carrière dans les rangs de la Démocratie chrétienne. Un homme sans scrupules qui a, probablement, trempé dans l'assassinat du général Carlo Della Chiesa, abattu froidement le 3 septembre 1982 à Palerme, du journaliste Mino Pecorelli, assassiné en 1983, du banquier Michele Sindona, qui s'est « suicidé » le 22 mars 1986, d'Aldo Moro, assassiné en 1979 par les Brigades rouges et de bien d'autres encore, comme le soutiennent quelques repentis.
Avec le procès de Giulio Andreotti, les magistrats italiens devront également juger l'ex-parti le plus puissant, qui s'est identifié avec l'Etat pendant près de cinquante années. Mafia et Etat, thème éternel de la politique italienne.
Le sénateur a bien tenté d'empêcher, par tous les moyens, sa mise en jugement, en accordant des interviews, en menaçant des hommes bien placés, sa bibliothèque personnelle regorgeant de fascicules qui risqueraient d'impliquer nombre de personnalités encore au pouvoir. Et puis il faudra encore jeter la lumière sur ses rapports personnels avec Lucio Gelli, le vénérable de la loge P2, considéré comme le factotum de M. Andreotti qui tirait les ficelles de la maçonnerie dans les coulisses.
Sicile et Démocratie chrétienne : l'île, fief originel de ce parti, mais aussi de l'organisation, qui a su s'adapter aux mutations sociales et économiques des dernières années. On imagine souvent le mafioso, style le parrain, vieil homme d'honneur, esclave d'un code, qui régit toute l'organisation. On ne tue pas les femmes, on refuse d'entrer sur le marché de la poudre d'ange, et surtout pas de trafic d'armes. Les temps changent, les jeunes qui prennent la relève n'ont plus le « sens de l'honneur » et surtout il faut des accointances avec le pouvoir officiel.
Cosa Nostra procède par étapes et s'adapte aux conditions et aux exigences du milieu dans lequel elle évolue. Au tout début, la mafia contrôlait le tertiaire. C'était l'époque du fameux bandit Guliano. Trois phases ont caractérisé l'ascension et la transformation de la « pieuvre ». L'organisation a d'abord réussi à réunir les fonds nécessaires pour prendre le pouvoir. Ensuite, elle s'est implantée dans le monde de la haute finance et a étendu ses ramifications dans le secteur de l'administration publique. Mais pour réussir à établir des contacts avec l'administration, il fallait faire passer de l'argent en participant aux appels d'offres. Cette deuxième phase a été interrompue par les enquêtes des magistrats et la sensibilisation de la population sicilienne.
La troisième phase de l'opération consiste à faire fructifier l'argent mis en circulation pour devenir une puissance économique en mesure de s'infiltrer systématiquement au sein des entreprises « saines ». C'est là qu'intervient le rôle fondamental joué par les politiciens impliqués avec Cosa Nostra. Giulio Andreotti, garant officiel de la Mafia en Sicile, aurait permis ainsi à son parti d'obtenir des voix électorales en promettant son appui et en approuvant officieusement l'élimination de certains personnages encombrants.